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Les organismes de formation vont devoir évoluer dans les 3 ans à venir

René Bagorski est le président de l’AFREF (l’Association Française de Réflexion et d’Échange sur la Formation). Il a été missionné par le ministère du Travail pour proposer des scénarios de construction des opérateurs de compétences.

Selon lui, le passage à la logique de « blocs de compétences » autonomes et certifiés sera l’occasion pour les organismes de formation de se positionner sur des niches et affirmer leur identité sur le marché de la formation.

La loi « pour choisir son avenir professionnel » entrée en vigueur ce 1er janvier 2019 est-elle un nouveau départ pour la formation professionnelle ?

Je n’aime pas le mot nouveau départ. Depuis 2003, quatre lois ont été instituées sur la formation professionnelle. En revanche, il est intéressant de comparer 2003 et 2018.

Nous pouvons voir que tous les objectifs sont finalement réalisés en 2018. En 2003, nous voulions mettre fin au congé annuel de formation qui était le moyen pour un individu de se former en fonction de ses propres envies dans le cadre de ce qu’on appelait à l’époque l’éducation permanente.

En 2003, nous changeons la nature du congé en congé annuel de formation pour en faire un outil de formation professionnelle tout au long de la vie. Chemin faisant, en 2018 nous avons désormais un compte personnel de formation qui doit avant tout permettre à un individu de s’inscrire dans les besoins des entreprises et de l’économie. Donc ce n’est pas un nouveau départ c’est une consolidation des objectifs de 2003 qui trouvent aujourd’hui leur cadre générique pour l’ensemble des acteurs.

Qu’apporte cette réforme de la formation professionnelle ?

Paradoxalement c’est une vraie réforme qui change les paradigmes parce que nous étions dans une logique de clientélisme et de jeu d’acteur.

Nous ne savions pas réellement comment nous positionner face aux agrégats qui se constituaient : des organismes de formation avec des organismes collecteurs agréés, des branches professionnelles qui avaient autour d’elles un certain nombre d’organismes de formation, etc… Tout ce système là fonctionnait plutôt bien malgré tout, avec des principes qui n’étaient pas forcément les principes de la loi mais qui permettaient quand même à l’ensemble du système de manœuvrer.

Le pari du législateur et des différents acteurs, est de mettre en place des systèmes qui répondront aux besoins de l’entreprise, de l’économie, en précisant clairement le rôle des différents acteurs et notamment le rôle des branches professionnelles.

La mise en application de la loi sera t’elle rapide ?

Nous n’avons pas proposé de calendrier, c’est le législateur. En ce qui nous concerne, notre mission a débuté le 1er juin et s’est terminée le 31 août avec un rapport remis à Muriel Pénicaud le 5 septembre.

Ce rapport était une feuille de route pour l’ensemble des branches professionnelles afin de négocier la création de nouveaux opérateurs de compétences qui remplaceront les OPCA. Et j’insiste : les OPCA disparaissent juridiquement.

Le 31 décembre il n’y aura plus d’OPCA. A partir du 1er janvier, il y aura des
opérateurs de compétences dont le fonctionnement sera différent des OPCA.

Ceux qui imaginent que c’est simplement une continuité ont sans doute
tort. Nous allons vers un système où les opérateurs de compétences auront trois missions :

Une première mission de gestion où il pourront gérer deux enveloppes : une première enveloppe d’alternance (contrat d’apprentissage et contrat de professionnalisation) et une deuxième enveloppe à destination des entreprises de moins de 50 salariés.

La deuxième mission est une mission d’accompagnement des branches professionnelles sur trois niveaux : les observatoires de prospective des métiers des qualifications, la construction de certification puis
la mise en oeuvre et la contribution à la gestion du prévisionnel des emplois et des compétences des branches.

Enfin la troisième mission est un service de proximité à destination des entreprises pour que celles-ci comprennent quelles sont les priorités de leur secteur. En connaissant les priorités de leur secteur elles pourront investir intelligemment dans la formation, puisque toutes les priorités des branches seront forcément financées.

Quels seront les changements stratégiques pour la formation professionnelle ?

Pour les organismes de formation ce n’est sans doute plus le même métier, j’exagère en disant ça, mais les repères vont s’en trouver bouleversés.

Aujourd’hui, nous sommes dans une logique où la notion d’action de formation a fortement évolué. Avant, une action de formation c’était : un objectif, un référentiel, une feuille d’émargement. Et puis vous aviez une formation à l’heure soit une formation de courte durée, soit des formations longues qui s’inscrivaient dans l’obtention d’un diplôme, d’un titre, d’un ministère ou d’un CQP d’une branche professionnelle.

Ce que disent les textes et l’objectif des trois à cinq ans années à venir est de revoir en fait les différentes certifications avec des passerelles entre ces certifications : ce qu’on appelle les blocs de compétences. C’est désormais le maître étalon de l’ensemble du système.

Chaque bloc va être certifié et évalué et correspondra à des besoins de l’activité d’entreprise.

Nous allons passer d’une logique verticale à une logique horizontale. Avant un organisme de formation accueillait quelqu’un pour lui proposer la totalité d’un parcours. Désormais chaque bloc de compétences sera autonome, certifié et constituera pour l’organisme de formation une niche et une identité affirmée sur le marché de la formation.

La réforme va-t-elle accélérer la digitalisation des organismes de formation ?

La loi demande à ce que l’ensemble des supports permettant un accès à la connaissance et à la certification soit diversifié. Le temps du présentiel à 100% est terminé et révolu depuis un petit moment.

Les plateformes numériques sont effectivement appelées à se développer avec des interrogations : quid du métier de formateur demain ?

Aujourd’hui un formateur dispense une formation. Il est l’acteur de sa propre formation. Demain sera-t-il encore formateur ou simplement accompagnateur, tuteur, mentor de parcours de formation en accompagnant des personnes qui utiliseront les ressources mises
à disposition sur les plateformes numériques ?

La formation à distance (e-learning) sera-t-elle privilégiée ?

Cela fait partie de l’ensemble du système et de ce que les organismes de formation auront à mettre en oeuvre pour ceux qui ne l’ont pas encore fait. Les appels d’offres demandent et demanderont de plus en plus une capacité à proposer de la formation à distance, avoir des plateformes numériques et donc de proposer des moyens dont on imagine qu’ils reviendront moins cher en coût qu’une action de formation en présentiel.

Écrit par Caroline Canault

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